Paris Match aime les guerres, toutes les guerres, et c’est normal puisqu’il appartient au fabricant et marchand d’armes de guerre Lagardère. Pour la première fois depuis longtemps, depuis l’Algérie il y a un demi siècle, la France est vraiment en guerre. En Afghanistan.
Une aubaine commerciale pour Lagardère, qui a chargé Paris Match de mettre le paquet pour faire remplir les carnets de commande. Le numéro de cette semaine (N° 3094, du 4 au 10 septembre 2008) ne fait pas dans la dentelle.
Il y a d’abord ce grand reportage avec immenses photos : “La parade des talibans avec leurs trophées français. Nos journalistes ont retrouvé le commando qui a abattu nos 10 soldats.” Les casques des soldats français, les gilets pare balles, les fusils d’assaut Famas sont authentifiés par la montre en gros plan d’un des soldats tués durant l’embuscade. La réaction spontannée du lecteur de base ne peut-être que : ces talibans sont des ordures, des barbares, et en plus ils nous narguent, on va leur faire payer l’assassinat de nos braves petits gars.
Vient ensuite un reportage avec immenses photos sur les victimes civiles, dont des vieillards et des enfants, des bombardements de représailles à l’aveuglette sur les villages afghans voisins du lieu de l’embuscade. C’est l’horreur. La population est de plus en plus remontée contre les troupes d’occupation françaises et américaines. Paris Match écrit : de telles opérations de représailles “transforment les victoires militaires en défaites politiques”. Le lecteur de base se dit : ah bon, mais alors que faire ? Une première piste est donné dans le titre de l’article, une citation d’un vieux villageois : “On ne voulait pas des talibans, mais on ne peut pas se défendre quand ils viennent dans nos villages, pourquoi personne ne comprend ça?” C’est évident, il faut mieux protéger les Afghans contre les talibans. Peut importe que les talibans soient avant tout des afghans qui résistent à une invasion barbare de plus, Paris Match réussit à brouiller les cartes : les envahisseurs sont les “talibans” et non pas les troupes de l’OTAN.
Puis vient la vraie réponse de Paris Match et de Lagardère pour mieux protéger les afghans contre les talibans, page 99, sous la forme d’un “coup de gueule d’un général français” à la retraite, le général François Cann, ancien d’Algérie sous les ordres de Bigeard et ancien patron du 8éme régiment d’infanterie de Castres dont sont issus les 10 soldats. Et là, c’est un festival de conneries va-t-en-guerre, de nostalgie colonialiste et de gâtisme militaire avancé : “En Algérie, nous avons renversé l’insécurité (sic) en laissant les blindés au garage pour s’immerger sur le terrain et prendre la place des rebelles. La partie a été gagnée (sic) lorsque nous avons repris l’initiative et qu’ils ont découvert l’insécurité. La France a une grande expérience de la contre-guérilla (sic). Il faut en profiter… En Algérie, nos harkis étaient nombreux et fidèles. A la fin de la guerre, les déserteurs du FLN qui venaient vers nous étaient plus nombreux que les Algériens qui allaient vers eux (sic)… Il faut doubler nos effectifs et ceux de l’armée afghane afin de contrôler tout le terrain, il faut d’urgence des forces spéciales et de renseignement noyées dans la nature, des hélicoptères, des drones, il faut une opération de pacification qui consiste à quadriller le terrain pour redonner confiance aux habitants, il faut les aider à travailler, construire des réseaux routiers, donner des soins médicaux, scolariser les enfants… “ Tout juste si il n’y a pas un bon de commande pour des gègènes, des casques coloniaux et des Famas en bas de l’article.
Notre brave général, dont Lagardère sponsorise sans doute les couches pour incontinence, termine par un terrible aveu : “En Indochine pendant huit ans et en Algérie pendant sept ans, on a perdu chaque jour dix hommes en moyenne sans que ces deuils ne déstabilisent la nation”. On a aussi perdu ces deux guerres, mais manifestement, il ne s’en souvient plus…



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