faceaface.jpgFin d’année, à Athènes ça pête encore, tous les jours. Les télés françaises n’en pipent plus un mot depuis que les envoyés spéciaux sont rentrés avec leurs images de “violences urbaines” et que Dacos/Sarko ont reculés face à la colère des lycéens… Témoignage pour demerdez-vous.org

Athènes, Décembre 2008.
A peine quinze minutes qu’on est sorti pour tourner la tournure des évènements et ça tourne mal pour ma caméra. Ploc, scratch… Blang !   Peu d’avertissements. Un doigt fermement brandi dans le cadre, une bouteille de bière (pourtant à moitié pleine) qui m’était  passé au dessus de la tête sans que j’y prenne garde.  Bling ! Puis le premier coup de poing dans la caméra fut aussi rapide qu’il lui fut fatal. Une mini bande d’acharnés éméchés venait de nous tomber dessus sans qu’on ait le temps de leur expliquer que nous étions pas la télé pourrie du côté des flics assassins. Ma poigne avait cédé très vite à la pression physique et aux invectives (en grec) de ces jeunes, même pas masqués,  mais très énervés et déterminés. Aussi tôt arrachée à sa fonction première, la caméra finissait sa course contre un poteau, avant de s’évanouir dans une  mêlée inextricable. Je ne l’ai plus jamais revue. J’aurais pourtant bien aimé voir la gueule du plan, certainement un des plan-séquence plus virtuose que je n’ai jamais eu l’occasion de réaliser.

- Go ! Go ! GO !  S’écriaient d’autres autonomes (à jeun) nous poussant comme des moutons,  nous évitant  ainsi quelques coups que nous aurions pu récolter hors cadre, faute d’emporter mes images. Seul le matériel avait été touché. Bourrés, mais précis ces gars là !
Nous étions au cœur de la bête énervée, au cœur d’Athènes enflammée, devant les portes de l’école polytechnique occupée depuis la mort d’Alexi, ce jeune homme assassiné par la police grecque une semaine plus tôt dans le quartier central d’Exalchia.
Erreur d’appréciation. Les temps ont changé. Caméra au poing, il n’est plus suffisant de se méfier des flics, on n’a pas le temps d’expliquer aux gamins qu’on n’est pas des médias comme les autres. C’est le poing dans la caméra. Pas le temps de faire le poing.  Il n’y a pas d’arrangements… flic + journaliste = Même combat. Et la preuve tous les jours sur la télé grecque. Idem sur les télés françaises, qui défilent à Athènes pour montrer ces émeutiers qui ne sont même pas foutus  de se soulever poliment !  Ce qu’on ne voit pas dans ces médias ?  Le caractère ciblé et déterminé de la révolte.  Les casseurs ne cassent pas tout. Non, depuis le début du soulèvement, ils cassent les banques en priorité, les magasins de luxe au passage … et les caméras s’il y en a ! Assez peu de casse déborde à côté. Des grandes surfaces sont parfois ouvertes et données en accès libre  aux misérables du quartier par ces anars qui se revendiquent  « Robins de bois ». Sur nos télés françaises, on ne voit pas non plus ces grecs de la rue qui sont d’accord avec tout ça. Ceux qui balancent des pots de fleurs sur la police depuis leur balcon, ces passants qui nous disent « Ok, casser c’est pas bien… mais là, c’est normal, il faut les comprendre ces jeunes, ils n’en peuvent plus et nous non plus ! »

Il y en a partout dans les rues… ceux qui serrent les dents et nous disent à quel point ils n’en peuvent plus de la politique des vrais pillards qui sont au pouvoir, et de leurs chiens de gardes enragés.  Le chauffeur de taxi qui ricane quand on persiste à chercher un distributeur d’argent encore en fonction, ce garçon de café retraité qui regarde sa banque incendiée en se disant qu’il arriverait bien à récupérer sa minable retraite dans une autre banque, la vieille encore qui me brandi son pouce en l’air devant une poubelle en feu, ces avocats qui se rassemblent aussi devant la police pour ne pas laisser s’installer la bavure policière comme pratique quotidienne,  les profs qui sont venus protéger leurs lycéens dans les manifs, masque à gaz autour du coup, et ces milliers de jeunes gens qui ressemblent tellement à ceux de  chez nous…

D’ailleurs, en France, quand ils ont vu ça, Sarkozy et Darcos  ont reculé sur leur projet de réforme idiot. Personne n’est dupe ici et ailleurs. C’est la peur de « l’effet contagion ». Et ils ont raison d’avoir peur. A l’Institut français d’Athènes, a été tagué, en Français : « Etincelle à Athènes, incendie à Paris. C’est l’insurrection qui vient. »
Tiens, tiens… ça vous rappelle rien ?
Bien sûr que ça donne des idées ! Et pour cause… Tous ceux qui vivent l’Europe côté rue savent qu’ils sont toujours sur la trajectoire de l’égout du capitalisme et que, depuis les salons, les salauds ne se contentent pas seulement de se faire ramasser leur caca… Ils continuent à leur chier encore dessus, et à tirer la chasse jusqu’à l’engorgement.

En ce mois de décembre 2008, Madoff, le recordman mondial des escrocs est en liberté surveillée, il peut payer sa caution (avec de l’argent volé ?) … Contrairement à Denis Robert, harcelé par des procédures judiciaires très  coûteuses pour avoir balancé Clearstream…  qui a blanchi aussi les escroqueries de Madoff.
En France, pour Noël, on garde la présumée « ultra-gauche » en prison « au cas où »,  on place des leaders du mouvement lycéen en garde à vue, à 16 ans  pour “outrage et menaces”(1) , tandis que Marchiani, voyou international,  est gracié par « humanité » présidentielle parce qu’il serait « méritant » (2).  Les flics sont envoyé dans les collèges pour faire des fouilles au corps sur des bambins et aucun de leur chien ne trouve la moindre boulette (3) … A moins que ça soit autre chose qu’ils cherchent ?
Mais la force n’est pas toujours du côté qu’on croit, et il y un temps où l’humanité reprend ses droits, à coup de baffes dans la gueule.

Tu entends ce bruit ?

« bling », « bling », « bling » … ?  Et puis ça fait « blang » !

J’ai rien vu venir. J’ai ramassé un morceau de ma caméra, par réflexe.  C’est un souvenir.
Je m’en souviendrai.

Olivier Azam.
—-

(1) A Nanterre le 30.12.08

(2) Selon l’article 17 de la Constitution, le président de la République a effectivement « le droit de faire grâce à titre individuel ». Le Monde du 25/12/08 nous rappelle que Nicolas Sarkozy déclarait en Juin 2006 : « Si un jour je devais avoir des responsabilités, l’une des premières choses que je ferais, c’est de supprimer le droit à la grâce et l’amnistie ». Pas le droit à l’amnésie en tout cas !
(3) Le 17/11/08 à 
l’école des métiers de Auch/pavie, le 29/11/08 au collège de  Marciac,  puis récidive au collège de Vendres le 15/12/08 où les gamins de collège, alignés contre un mur, ont subi l’humiliation gratuite (et sans résultat) d’une fouille, avec chiens et flics en arme (cf. photos prises par le chanteur Daniel Guichard, ayant témoigné dans la presse)

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